Joint Venture: Librairie Antoine et le groupe Hachette

26Apr10

En octobre 2009, la Librairie Antoine et le groupe Hachette, numéro deux mondial de l’édition grand public, ont créé une joint venture, Antoine-Hachette, qui a démarré ses activités depuis plus d’un mois. Décryptage avec Emile Tyan, dirigeant de la nouvelle structure.

Hachette Livre et La Librairie Antoine annoncent avoir signé un accord pour la création d’une société commune (50%/50%) qui aura pour objet l’édition d’ouvrages en langue arabe. Basée à Beyrouth, HACHETTE ANTOINE (SAL) se concentrera sur la littérature générale, la littérature jeunesse, les manuels scolaires et les ouvrages parascolaires, les livres pratiques et les livres pour l’autoformation. Elle sera dirigée par Emile TYAN, actuellement directeur commercial d’Antoine. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord représentent 333 millions d’arabophones dont 45% ont moins de 14 ans. « Cette entreprise, en partenariat avec un acteur prestigieux du livre arabophone avec lequel nous entretenons des liens forts depuis plus de 75 ans, est enthousiasmante pour Hachette Livre.

Quels sont les liens qui unissent la Librairie Antoine avec le groupe Hachette ?
Emile Tyan:
Nous sommes partenaires depuis le lancement de la Librairie Antoine en 1933. En 1998, nous avons lancé trois collections de manuels, en français, mathématiques et sciences, destinés aux écoles libanaises privées, en coédition avec Hachette. Peu à peu, avec le développement de notre savoir-faire et la dépréciation du dollar par rapport à l’euro, la mise en page et la maquette des ouvrages s’est faite directement à Beyrouth, alors qu’elle était auparavant réalisée en France. Comme la collaboration était un succès, nous avons décidé d’aller encore plus loin avec Hachette.

A quel moment a germé l’idée de la joint venture ?
Le projet d’une joint venture est né au début de l’année 2006, mais la guerre avec Israël a interrompu nos projets. En décembre 2008, Hachette a décidé de s’investir dans plusieurs grands bassins linguistiques où il était encore absent : la Chine, la Russie et dans la région Mena (ndlr : Moyen Orient et Afrique du Nord). Le Liban s’est naturellement imposé dans le monde arabophone, même si l’Egypte est également un pays à forte tradition d’édition. De notre côté, la joint venture nous permettait de nous développer dans la région, tout en bénéficiant de l’expertise internationale d’un grand groupe comme Hachette. Les négociations ont finalement abouti à la création de la joint venture en octobre 2009. La nouvelle structure Hachette-Antoine a démarré ses activités de manière effective à la fin du mois de février 2010.

Comment fonctionne cette joint venture ?
Chacune des deux parties participe dans la société à hauteur de 50%, avec quatre membres de la Librairie Antoine et d’Hachette représentés au sein du conseil d’administration. La nouvelle société est une entité autonome, qui n’est pas juridiquement liée aux six autres sociétés de la Libraire Antoine. Elle emploie douze salariés. La nouvelle joint venture a pour vocation de regrouper toutes les activités d’édition de la Librairie Antoine, à quelques exceptions près.

Que cela signifie-t-il concrètement ?
Hachette-Antoine a repris les activités des Editions Naufal et des Editions Antoine, des filiales de la Librairie Antoine. Les Editions Naufal éditaient de la littérature générale en langue arabe, tandis que les Editions Antoine se spécialisaient dans l’édition d’ouvrages scolaires et professionnels en français, anglais et arabe. Les Editions Naufal ne sortaient presque plus de nouveautés, et avec cette nouvelle structure, nous allons développer son catalogue historique, en y ajoutant de la littérature jeunesse et des livres pratiques (ndlr : jardinage, cuisine, bricolage…), sans oublier bien sûr les manuels scolaires. La part du scolaire va cependant diminuer. Il ne représentera plus que 60 à 70% de notre activité éditoriale, contre plus de 90% auparavant. Au total, nous souhaitons éditer entre 100 et 150 ouvrages par an.

Pourquoi faire le choix de développer l’activité d’édition en arabe ?
Les ouvrages édités en arabe devraient représenter 80% de nos titres vendus et plus de 60% de part de chiffre d’affaires. Editer en langue étrangère, notamment en français, n’apporte pas de valeur ajoutée, avec la concurrence des éditeurs étrangers, qui importent au Liban et comblent parfaitement la demande. Nous devons nous développer dans notre bassin linguistique, dans notre proche environnement. Les marchés du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord regroupent plus de 300 millions d’arabophones. Dans ces pays, nous allons identifier des distributeurs locaux qui diffuseront nos ouvrages. Le Liban ne représentera que 10 à 15% des activités d’Antoine- Hachette. Notre plus grand marché dans la région Mena devrait être l’Arabie Saoudite. Les livres pratiques et de littérature sont des produits panarabes qui peuvent facilement se vendre dans la région, à l’inverse des manuels scolaires, qui ne pouvaient être vendus qu’au Liban.

Quels seront vos principaux défis dans la région ?
Il faudra tout d’abord supporter les contraintes de la censure, puisque dans certains pays, avant qu’un livre puisse arriver dans les étagères des librairies, il doit être conforme aux traditions culturelles locales, ce qui suppose à chaque fois près d’un mois de procédures administratives. Nous devrons aussi faire face au piratage, qui est particulièrement développé au Moyen Orient, et qui touche surtout les grands volumes. Lutter contre cette économie souterraine n’est pas une priorité des autorités sur place, et cela suppose donc que nous contrôlions le plus possible notre réseau de distribution. Dans la région, les réseaux de distribution sont encore très peu développés, et il existe aussi peu de points de vente, sauf au Liban, en Arabie saoudite et aux Emirats. Il y a également tout un travail à réaliser pour promouvoir les ouvrages, car la culture du livre est pratiquement inexistante dans la région. Le livre est souvent considéré comme un produit comme un autre.

Vous préparez vous à la mutation vers le numérique ?
Nous sommes en train de nous y préparer, sans minimiser ni exagérer le phénomène. Le livre numérique se développe surtout pour l’instant aux Etats-Unis, où il représente près de 3% des ventes de livres grand public. Au Liban et dans la région, le livre numérique est embryonnaire, mais cela ne nous empêche pas de structurer dès maintenant nos données pour qu’elles soient compatibles avec le format électronique, au cas où le livre numérique prenne de l’ampleur. Dans le domaine du scolaire, nous avons franchi un pas concret avec les cartables numériques. Nous avons développé une version électronique pour le professeur, qui va être utilisée par plusieurs écoles.

iLoubnan

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