Beyrouth, number 1

07Sep09
Par Médéa Azouri HABIB

Cet été, on n’y a pas échappé. La presse mondiale a encensé le Liban.
Nous avons été classés première destination touristique de l’année par le New York Times.
Paris-Match a consacré cinq pages (au lieu des quatre usuelles).
CNN a fait un mini-reportage sur la night life libanaise et récemment le New York Times a fait un dossier sur le Liban, destination gay… Et les Libanais étaient dans tous leurs états. Forwards desdits articles. Connexions par milliers sur YouTube pour voir CNN. Congratulations sur le contenu des papiers. Mais la question qui demeure, c’est pourquoi tant d’amour ?

Pourquoi cet engouement pour le Liban version 2009 ? Pourquoi est-on la It destination ? The place to be ? Pourquoi est-on si jet-set ? Si happening ? Pourquoi a-t-on battu tous les records d’affluence touristique – plus de 2 millions de visiteurs cet été. Alors pourquoi ? Et surtout comment ? En tant que Libanais, nous avons les réponses. Toutes les réponses. Parce que l’on sait, même si on le critique sans cesse, que notre pays est incroyable, varié et riche. On plaît à tout le monde, on le sait, touristes arabes et occidentaux, parce que nous sommes le parfait mélange des deux cultures. Parce que nous sommes à la croisée des continents, nous les Phénico-Arabes. Les inventeurs de l’alphabet. Les rois du commerce. Les créateurs de la pourpre. On plaît parce que, comme à la Samaritaine parisienne dans le temps, on trouve tout au Liban. Des ruines antiques, des festivals, des boîtes à ciel ouvert, des bars branchés, des restos de sushis, des plages de sable fin, des mezzés extraordinaires, du bio et du métal, des grands hôtels et des chambres de charme, une montagne rafraîchissante et surtout des Libanais qui parlottent l’anglais et le français comme nulle part ailleurs.

On plaît parce qu’on ne peut pas le nier, la force de l’euro face au dollar est assez alléchante. On sait tout ça. On le sait car on y vit. Car même si on peste contre les embouteillages et le manque de places dans les restos, on est heureux de voir nos villes et villages bondés de blonds et de dechdéchés, de routards et de limousines immatriculées KSA, d’appareils photos et de gros sous. On plaît parce que tout est à proximité. Nul besoin de prendre un avion pour aller danser, comme un Parisien le ferait quand il va à Saint-Tropez.

Ici, tout est là, quasiment dans le même périmètre, maximum à trois quarts d’heures de route. Parce qu’en sortant de derrière une porte verte où se trouvait Andrea Cassiraghi, on peut décider de grimper sur un rooftop et finir sa soirée devant un lever de soleil, une man2ouché extra à la main. Parce qu’au Liban, on surfe d’une soirée privée déguisée à l’opening de nuit d’une plage réservée aux femmes, qu’on aide à la récolte de fonds pour le Beirut Art Center et que le lendemain on va applaudir Emir Kusturica à Beiteddine. On plaît parce qu’on a toujours plu. Depuis la nuit des temps où les jet-setteurs de la planète entière venaient danser sur la Riviera libanaise et que 30 ans de conflits ont frustré. Parce que dans les dires des parents, les enfants ont compris que le Liban, c’était autre chose et pas seulement la Suisse du Moyen-Orient où l’on peut, une fois le printemps venu, skier et nager dans la même journée. On plaît parce que le Libanais a indéniablement le sens de la fête et qu’il entraînerait avec lui n’importe quel Bertrand Labévue déprimé dans les soirées les plus excentriques et les plus déjantées qui soient. Parce qu’au Liban, on rit, on pleure avec la même intensité. Parce que les mariages sont les événements les plus spectaculaires de l’été et qu’y viennent tout un tas d’étrangers afin de célébrer les noces de leurs amis.

On est la première destination touristique de l’année parce que guerres ou pas, terroristes ou pas, rien ni personne n’a pu effacer la force du Liban à aimer vivre. Et si Mika a déclaré dernièrement que « si tu as un peu de libanais dans le sang, ça écrase tout le reste », c’est que Mika a tout compris. Et que finalement, dans le même esprit, avoir un ami libanais, rien qu’un seul, suffit à vous contaminer. Un seul ami qui va vous saouler avec son petit pays, les yeux qui brillent, quand il parle du Liban. Et qu’une fois convaincu – il en faut peu généralement – cet étranger – réfractaire parfois – mettra le pied ici et il n’en reviendra pas (dans tous les sens du terme). C’est peut-être ça le pourquoi du comment. Si on a été aussi convoité cet été, c’est peut-être tout simplement parce que longtemps privé de cette exaltation, le Libanais s’est lâché et qu’il en a converti plus d’un. Et que somme toute, tout le monde, partout dans le monde, connaît un Libanais.



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