La guerre dans les têtes

21Nov07

Par CHRISTOPHE AYAD

Un an après la guerre au Liban, Aimée Thirion (1) a voulu revenir sur les lieux.

« A l’époque, il y avait de la solidarité et de la colère. » Contre le Hezbollah pour certains, contre Israël pour d’autres.

« Il y avait aussi une lassitude de la guerre et la peur de l’avenir. » La photographe indépendante voulait voir où en était le Liban. « L’espoir est cassé, comme un ressort. Les gens, quelles que soient leur condition ou leur confession, disent tous : On sait que ça va mal se finir, et le pire c’est que ça ne dépend plus de nous. »

Depuis décembre, le pays est paralysé par le bras de fer entre le gouvernement et l’opposition. Le Hezbollah, plus présent que jamais dans la banlieue sud de Beyrouth, accuse le pouvoir de ne pas avoir versé les fonds pour la reconstruction. Dans ce quartier, les autoponts débouchent sur le vide, les immeubles restent inhabités. «Tout est à l’arrêt, résume Aimée Thirion.

Comme si la guerre s’était finie hier.» La guerre a cessé mais elle est dans toutes les têtes, une guerre intérieure, intestine, civile et confessionnelle. « Chacun se replie sur son camp, sa famille, son parti politique La vie est devenue plus dure. Même les jeunes mariés palestiniens de Nahr al-Bared n’osent pas fêter leurs noces, le soir de la mort d’un soldat libanais, tué dans le siège du camp où s’étaient retranchés des terroristes islamistes. « On sent l’hostilité monter contre nous. On n’est pas à l’aise», raconte leur père à la photographe, sur un balcon au crépuscule.